Cumul emploi-retraite 2027 : pourra-t-on encore travailler après la retraite ?
Cumul emploi retraite
Le dispositif de cumul emploi-retraite va connaître une transformation majeure en France à partir du 1ᵉʳ janvier 2027. Adoptée dans le cadre de la Loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, cette réforme modifie profondément les conditions de cumul entre pension et reprise d’activité professionnelle pour les futurs retraités. Pour beaucoup, elle marque une rupture avec le système actuel, en durcissant les règles et en introduisant des critères d’âge plus stricts.

Qu’est-ce que le cumul emploi-retraite aujourd’hui ?
Jusqu’à présent, un retraité français qui liquidait sa pension pouvait, sous certaines conditions, reprendre une activité professionnelle et cumuler sa pension avec ses revenus d’activité. Voici les règles en vigueur du cumul emploi retraite en 2025 :
Ce mode de cumul était jugé attractif pour les retraités actifs, en particulier ceux qui souhaitent arrondir leurs fins de mois ou continuer d’être actifs.
La réforme 2027 : une remise à plat centrée sur l’âge
Le changement introduit par le PLFSS 2026 instaure un nouveau système en trois paliers, fondée sur l’âge du retraité au moment de la reprise d’activité. Ces nouveaux critères s’appliqueront uniquement aux personnes liquidant leur première retraite à compter du 1ᵉʳ janvier 2027 : les retraités déjà en cumul emploi-retraite continueront d’être régis par les règles antérieures.
Avant l’âge légal (64 ans en 2027)
Pour les personnes qui liquident leur retraite avant l’âge légal, toute reprise d’activité professionnelle entraînera une réduction intégrale de la pension égale à chaque euro gagné. Autrement dit, travailler après la retraite ne permet plus d’augmenter ses revenus nets puisque chaque euro de salaire est compensé par un euro en moins de pension. Ce qui revient à travailler bénévolement…
Entre l’âge légal et 67 ans
Dans cette tranche (64 à 67 ans), le cumul reste possible mais partiel :
Ce mécanisme rend le cumul moins rentable pour les futurs retraités actifs, car une part significative des revenus sera neutralisée par une réduction de la pension si le plafond est dépassé.
Après 67 ans
Seuls les retraités âgés de 67 ans ou plus pourront cumuler intégralement emploi et pension, sans limitation de revenus, et constituer de nouveaux droits à pension à partir des cotisations versées.
Comparaison avec les règles actuelles
| Critères | Règles actuelles (jusqu’en 2026) | Nouvelle réforme (à partir de 2027) |
| Cumul intégral | Possible avec taux plein, sans limite de revenus | Réservé à partir de 67 ans |
| Cumul Plafonné | Plafond à 160 % SMIC ou moyenne des derniers salaires | Seuil faible (~7 000 € par an) avec écrêtement à 50 % entre 64 et 67 ans |
| Reprise avant âge légal | Possible sous conditions | Écrêtement à 100 % dès le premier euro |
| Constitution de nouveaux droits | Possible selon dates et conditions de cumul | Possible uniquement après 67 ans |
Pourquoi cette réforme ?
Selon le gouvernement, l’objectif est à la fois de rationaliser un dispositif jugé coûteux, en alignant plus nettement l’incitation à prolonger l’activité sur l’âge. Mais ce durcissement suscite des critiques d’experts et d’organisations. Valérie GRUAU, Experte Emploi Senior affirme : « Ce nouveau système va fragiliser financièrement les retraités qui pour certains n’ont pas eu d’autres choix que de prendre leur retraite de façon anticipée faute de trouver un emploi en tant que senior. Ils ont besoin de reprendre une activité pour compléter leurs faibles pensions de retraite et boucler leurs fins de mois. » Et, elle ajoute :
« Pour les retraités qui cumulent emploi et pension par nécessité économique plutôt que par choix, cette réforme pourrait significativement réduire les revenus disponibles, augmenter la précarité et probablement encourager des formes d’emploi non déclarées qui par ailleurs ne généreront pas de recettes pour l’Etat. »
Conséquences probables pour les retraités
Moins d’incitation à travailler avant 67 ans
La réforme tend à rendre le cumul peu attractif financièrement pour les retraités actifs : avant 67 ans, les gains issus d’un emploi seront souvent fortement réduits par l’écrêtement de la pension.
Impacts sur les revenus
Un retraité entre 64 et 67 ans qui reprendra une activité pourrait voir une part importante de ses revenus absorbée par la diminution de sa retraite, notamment si ses revenus dépassent le seuil de 7 000 €, ce qui représente une somme relativement modeste sur une année.
Retardement de la constitution de nouveaux droits
La possibilité de se créer de nouveaux droits pour revaloriser leur pension via la reprise d’activité sera limitée aux seules personnes ayant dépassé 67 ans. Cela modifie l’incitation pour beaucoup de seniors à prolonger leur carrière au-delà de l’âge légal.
Une réforme en décalage avec la réalité de l’emploi des seniors
Si l’objectif affiché de la réforme est d’encourager le maintien en emploi et de maîtriser les dépenses publiques, elle semble toutefois en décalage avec la réalité du marché du travail des seniors en France. Passé 55 ans, retrouver un emploi reste particulièrement difficile : les délais de retour à l’emploi s’allongent, les opportunités se raréfient et les discriminations liées à l’âge demeurent très présentes, malgré les discours officiels sur l’inclusion et la valorisation de l’expérience. Dans ce contexte, durcir les règles du cumul emploi-retraite revient à réduire encore les leviers dont disposent les seniors pour compléter leurs revenus, alors même que beaucoup reprennent une activité par nécessité plus que par choix. Pour une partie des retraités, cette réforme pourrait ainsi constituer un frein supplémentaire à l’emploi, à l’opposé des enjeux démographiques et économiques actuels.
