NER : un senior sur quatre ni en emploi ni retraité à 61 ans

Emploi Senior

Ni en emploi ni à la retraite : c'est la situation d'un senior français sur quatre à 61 ans. Ce phénomène, désigné par l'acronyme NER, révèle une faille méconnue entre la fin de carrière et le départ effectif à la retraite. Un rapport du Haut-commissariat à la stratégie et au plan (HCSP), présenté le 22 juillet 2026, alerte sur l'ampleur de cette zone grise et propose des pistes pour y remédier. Décryptage d'un enjeu qui concerne des milliers de Français.

NER qui sont ces seniors ni en emploi ni en retraite
Qu'est-ce qu'un "NER" ?

Le sigle NER désigne les personnes qui ne sont ni en emploi, ni à la retraite. Concrètement, il s'agit de seniors qui ont quitté le marché du travail — licenciement, rupture conventionnelle, inaptitude, épuisement professionnel — mais qui n'ont pas encore l'âge ou les trimestres nécessaires pour liquider leur pension. Entre les deux, c'est souvent le chômage de longue durée, l'invalidité ou le RSA qui font office de trait d'union, dans des conditions financières et psychologiques souvent difficiles et génèrent de la précarité.

Le rapport du HCSP est sans appel : à 61 ans, plus d'une personne sur quatre se trouve dans cette situation, selon Emmanuelle Prouet, l'une des autrices de l'étude. Le phénomène touche particulièrement les ouvriers et les employés peu qualifiés, chez qui près de 40 % quittent le marché du travail de façon précoce, bien avant d'atteindre l'âge de la retraite.


Un paradoxe français : l'emploi progresse, mais chute après 60 ans

Selon Valérie GRUAU, Experte Emploi Senior, depuis vingt ans, le taux d'emploi des seniors s'est nettement amélioré en France. Pour la tranche 55-59 ans, il a même rattrapé, voire dépassé, la moyenne européenne. Mais la dynamique s'inverse brutalement après 60 ans : le taux d'emploi des 60-64 ans reste très inférieur à celui observé chez nos voisins européens. Autrement dit, la France sait désormais maintenir ses actifs en poste jusqu'à la veille de la soixantaine, mais peine à les accompagner sur la dernière ligne droite avant la retraite.

Cette situation s'inscrit dans un contexte où les nouvelles obligations des entreprises en matière d'emploi des seniors montent en puissance, sans pour autant suffire à endiguer les sorties précoces du marché du travail. De la même manière, notre décryptage de l'étude Indeed x OpinionWay sur l'emploi des 45 ans et plus montrait déjà ce paradoxe : les entreprises disent valoriser l'expérience, mais peinent à traduire ce discours en embauches ou en maintiens dans l'emploi durables.


Les pistes proposées par le Haut-commissariat au Plan

Face à ce constat, le rapport du HCSP insiste sur un point central : agir tôt. Attendre la fin de carrière pour se préoccuper du maintien en emploi des seniors est, selon les auteurs, une stratégie vouée à l'échec. Il faut au contraire anticiper, dès le milieu de carrière, les questions de pénibilité, de reconversion et de qualité de vie au travail.

Parmi les leviers évoqués :

  • Stabiliser et évaluer les dispositifs existants, notamment la retraite progressive, qui permet de réduire son temps de travail à partir de 60 ans tout en touchant une partie de sa pension.
  • Interroger la pertinence de certaines restrictions, comme celles qui doivent s'appliquer au cumul emploi-retraite à partir de 2027 pour les moins de 67 ans — un sujet que nous avons déjà détaillé dans notre article sur la réforme du cumul emploi-retraite 2027, certains craignant qu'elle décourage justement les seniors qui souhaitent continuer à travailler ou poussent le travail non déclaré.
  • Traiter les seniors comme des actifs à part entière, et non comme une population à mettre "de côté" en fin de carrière, en investissant dans la formation, l'adaptation des postes et la prévention de l'usure professionnelle.


Comment limiter le risque de bascule en NER ?

Pour les seniors eux-mêmes, plusieurs leviers concrets existent afin de sécuriser au maximum la transition vers la retraite :

  • Actualiser régulièrement son CV et ses compétences, pour rester visible sur le marché du travail même après 55 ou 60 ans. Notre guide pour transformer 30 ans d'expérience en compétences lisibles par les recruteurs donne des pistes concrètes pour éviter que l'expérience ne devienne, paradoxalement, un frein à l'embauche.
  • Explorer des formes d'activité alternatives, comme les missions ponctuelles de service à la personne, le bricolage, le soutien scolaire ou l'aide administrative, qui permettent de rester en activité et de conserver un revenu d'appoint en attendant l'âge légal.
  • Se renseigner tôt sur ses droits à la retraite auprès de sa caisse, pour anticiper d'éventuelles périodes de transition et ne pas découvrir trop tard un décalage entre la fin de son activité et l'ouverture de ses droits.

C'est précisément dans cette optique que des plateformes comme Seniors à votre Service permettent aux candidats de 45 ans et plus de retrouver une activité, ponctuelle ou régulière, en s'appuyant sur leur expérience plutôt qu'en la subissant comme un handicap.


Un enjeu de société, pas seulement individuel

Au-delà des trajectoires personnelles, le phénomène des NER pose une question de financement du système de retraite : chaque année passée hors de l'emploi avant la liquidation de la pension, c'est autant de cotisations en moins et, souvent, une décote au moment du départ. Le HCSP le rappelle : le vieillissement démographique renforce la nécessité d'augmenter les taux d'emploi des seniors, non seulement pour des raisons individuelles de pouvoir d'achat et de dignité, mais aussi pour la soutenabilité collective du modèle social français.

Reste à savoir si les recommandations du Haut-commissariat au Plan se traduiront en mesures concrètes dans les prochains mois. En attendant, rester actif, informé et connecté aux opportunités reste la meilleure protection contre le risque de basculer dans cette zone grise du "ni en emploi, ni retraité".